mai 2008 N°56
   
Edito


Une crise peut en cacher une autre

Les marchés, en règle générale, se sont bien comportés durant le mois d'avril. Les banques centrales, et en particulier la BCE, ont remarquablement bien géré la crise des subprime loans en injectant, suffisamment et à bon escient, les liquidités pour permettre la survie du système bancaire et donc de l'économie. Sans faire preuve d'un optimisme exagéré, l'ensemble des économistes constatent que la crise financière est derrière nous. Cela ne suffit malheureusement pas pour affirmer que les problèmes sont pour autant résolus.

Une autre crise apparait, celle de l'économie. Les chiffres trop rassurants sur le chômage, l'inflation et la croissance américaine laissent prévoir, comme c'est souvent le cas, des ajustements pour les rendre plus proches de la réalité. A titre d'exemple, parmi les chiffres rassurants publiés sur la consommation des ménages US, Mastercard montre, grâce à une étude réalisée sur 300 millions de cartes de crédits, que leur utilisation a baissé dans de nombreux domaines : luxe, transport, alimentation, etc. D'autres statistiques indiquent que le moral des ménages américains est touché. L'indice de confiance calculé par le Conférence Board est passé de 112 en juillet 2007 à 62 en avril 2008. Ce chiffre à lui seul montre que les ménages américains ne sont pas prêts à consommer plus que de raison.

De ce panorama sombre, différentes écoles s'affrontent. Celles des ultras optimistes comme Lehman Brothers qui voit le CAC40 finir l'année à 6500, fondant cette estimation sur des cours d'actions faibles qui reflètent un ralentissement significatif qui n'a pas lieu. Selon Lehman, les secteurs à privilégier sont : l'énergie, la santé, la finance, les médias et les technologies; et ceux à éviter : l'industrie de base, les télécommunications et les services aux collectivités. De son coté, Warren Buffet reste relativement serein lors de l'assemblée du 3 mai de Berkshire Hataway pour déclarer que « on va être affecté par la récession mais ce n'est pas un drame », et de poursuivre « les actions montent et descendent. Il n'est pas question que l'on vende nos actions. C'est quand le marché baisse que se présentent les occasions et qu'il faut acheter ». Enfin Buffet a réaffirmé ses intentions d'investir en Europe, en particulier dans les entreprises familiales. Un autre son de cloche, celui-ci plus pessimiste, vient du fonds John Paulson qui a gagné 3 milliards de dollars en 2007 en prévoyant la crise des subprimes et de l'immobilier. Aujourd'hui, il prévoit une spirale récessionniste où la baisse de la consommation entraine le chômage, celle-ci entrainant la baisse de la consommation...si bien que la crise des subprimes n'aurait aucune comparaison avec celle, bien plus dure, à venir.

C'est certainement lorsqu'un marché est aussi partagé entre les acheteurs et les vendeurs que les meilleures opportunités se présentent.


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